Villeurbanne - Version Jules Verne

Le 06/12/17

De 1850 à 1900, notre ville adopte la plupart des inventions décrites ou imaginées par le fameux romancier.  

Villeurbanne version Jules Verne

Le docteur Fergusson s'élance vers les contrées d'Afrique encore inexplorées. En guise de vaisseau, il utilise non pas un bateau, mais un géant des airs, un dirigeable dans lequel il voyagera durant cinq semaines. Cette conquête du ciel et de la Terre, cette marche vers le progrès que décrit Jules Verne (1828-1905) dans ses livres, rappelle parfois trait pour trait l'histoire de Villeurbanne. Tandis que paraissent Cinq semaines en ballon (1863), Vingt mille lieues sous les mers (1870) ou Maître du monde (1904), notre ville voit apparaître au cours de la seconde moitié du XIXe siècle et des premières années du XXe, une station de ballons près de la rue Léon-Blum, l'électricité avec le barrage de Cusset, et les prémices de l'aviation sur les pelouses de La Doua. Pourtant, les élus villeurbannais n'ont pas toujours été partisans du progrès. Alors que, dans le roman de 1870, le sous-marin du capitaine Némo suit le câble télégraphique reliant l'Europe à l'Amérique, notre ville tourne résolument le dos à ce moyen révolutionnaire de communication.

En 1876, elle refuse purement et simplement une subvention du Conseil général pour s'équiper, au prétexte que les télégrammes ne sont destinés qu'aux riches et n'ont pas leur place dans une commune ouvrière ! Heureusement, l'élection de Jean-Marie Dedieu, maire de 1878 à 1888, change radicalement la donne. En 1882, estimant qu'il "est de notre devoir de représentants d'une cité laborieuse, l'un des chefs-lieux de canton les plus importants du département, de ne pas nous laisser plus longtemps distancer dans la voie du progrès", Dedieu réclame à cor et à cri l'installation urgente du télégraphe. Sitôt dit, et presque sitôt fait : le 11 décembre 1884, le premier bureau télégraphique ouvre dans la poste de la place Grandclément. Le pli est pris. D'emblée, la ville croule sous les dépêches, au point de réclamer un deuxième bureau aux Charpennes en 1888, puis un troisième près du Totem en 1900.

En ce tournant du siècle, les messages en morse sont pourtant déjà dépassés puisque, dès 1891, l'esquisse d'un réseau téléphonique relie la mairie à la ville de Lyon et au poste de police des Charpennes. Le téléphone est encore réservé à quelques élites, mais il ne tarde pas à s'ouvrir à tous, avec l'arrivée d'une première cabine publique aux Charpennes, en 1899. Reste encore à convaincre madame la Receveuse des PTT de bien vouloir laisser les lignes ouvertes après 19 heures, ce qui fera l'objet d'un long combat administratif.

S'il y en eût un en matière de progrès, ce fut bien le combat de la conquête d'une eau potable pour tous les foyers, comme en bénéficient les habitants de la ville idéale des 500 millions de la Bégum (1879). Au milieu du XIXe siècle, les Villeurbannaises et les Villeurbannais ne boivent encore que l'eau des puits, bien vite à sec en été autour des Maisons-Neuves et du Bon Coin, ce qui provoque de fréquentes épidémies de dysenterie. Une solution consisterait à étendre à Villeurbanne le réseau installé aux Brotteaux par la Compagnie générale des eaux. C'est celle que prône la municipalité en 1879, la même année que la parution des 500 millions, et qui fait l'objet d'un traité officiel avec la CGE. Mais la municipalité de Lyon, furieuse de n'avoir pas été consultée, oppose un véto absolu au projet. L'affaire se politise, et rallume la guerre entre les deux villes. La quête de l'eau devient un cheval de bataille de l'indépendance villeurbannaise. Notre ville et la CGE se tournent alors vers des sources situées à Décines, qu'il suffirait de capter puis d'amener sur notre territoire. Mais, trop cher et trop complexe à mettre en œuvre, ce plan B échoue. Arrive un plan C, le bon cette fois, en 1885 : l'on utilisera l'eau pompée par l'usine de Saint-Clair, sur la rive droite du Rhône, puis on l'acheminera à travers un aqueduc passant par le pont ferroviaire, d'où un réseau de conduites la distribuera vers les différents quartiers de la ville. Puis quelques années plus tard, ce dispositif est complété par un champ de captage implanté à La Feyssine et équipé d'une station de pompage (le Transbordeur).

 Villeurbanne version Jules Verne

Des décennies de tranchées s'ouvrent alors, d'abord le long des grandes avenues, puis dans les rues principales et enfin dans les artères secondaires. En un premier temps, l'eau coule aux frais de la mairie dans des "bornes-fontaines" érigées sur les places et aux carrefours, puis s'invite chez les personnes suffisamment aisées pour s'offrir un abonnement à la CGE, avant de gravir les montées d'escalier des immeubles d'habitation : en 1913, il est courant que l'eau s'écoule "sur chaque évier, ou bien alimente des robinets de palier à l'usage commun des locataires de chaque étage". Un énorme progrès, à une époque où la plupart des Français doivent se contenter, et pour longtemps encore, de l'eau de leurs puits.

Dans un fracas métallique, un énorme éléphant mécanique tracte deux wagons hors de toute voie ferrée. Avec La maison à vapeur, Jules Verne donne naissance en 1 880 à l'automobile. A peine trois ans plus tard, en 1883, le maire Jean-Marie Dedieu autorise le sieur Ollion à "faire circuler deux locomotives routières avec leurs wagons sur divers chemins de la commune". La voiture entre dans l'histoire de Villeurbanne.

 

Repères

        
1827 :
inauguration de la première ligne de chemin de fer en France, à Saint-Etienne

        
1840 :
Samuel Morse dépose le brevet du télégraphe électrique

        
1850 : pétition aux Charpennes pour éclairer le quartier par des becs
de gaz

        
1870 : projet de chemin de fer de l'Est, ancêtre de la ligne Rhône-Express

        
1871 : création de la première agence bancaire à Villeurbanne, une Caisse d'Epargne

        
1877 :
projet d'égout aux Charpennes, le premier de la ville

        
1879 : Thomas Edison dépose un brevet d'ampoule électrique

        
1883-1884 : pose des plaques de rues et de la numérotation des maisons à Villeurbanne

        
1891 :
Villeurbanne compte 18 000 habitants

        
1894 : début de la construction du barrage
de Cusset

        
1895 : les frères Lumière tournent leur premier film de cinéma

        
1901 :
arrivée de l'éclairage électrique dans les rues de Villeurbanne

        
1901 : premiers trottoirs sur le cours Emile-Zola

        
1903 : achat du premier projecteur de cinéma de Villeurbanne, par un instituteur

        
1903 : l’Aéronautique-Club crée le parc d'aérostation vers la rue Léon-Blum

        
1907 :
premiers essais d'aviation au Grand-Camp par Pierre Roesch et Edmond Seux

        
1910 :
Grand Prix d'aviation aux Brosses, devant 400 000 spectateurs

        
1911 : Villeurbanne compte 41 000 habitants

 

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