COMMEMORATION - Un cantonnement indochinois dévoilé

Le 01/10/14

À l’angle des rues de la Poudrette et Alfred-de-Musset, dans le quartier des Brosses, se dressait dans les années 1940 un cantonnement de travailleurs indochinois. Une plaque commémorative sera dévoilée le 11 octobre.

Un cantonnement indochinois dévoilé

Thiêu Vân Mûu avait un peu plus de 19 ans quand, en août 1939, il a appris qu’il devrait quitter son village du Tonkin, en Indochine, pour la France : « Dans toutes les familles ayant deux ou trois fils, un de ceux-ci devait obligatoirement s’engager dans la formation des travailleurs indochinois » (1). Thiêu Vân Mûu était le deuxième garçon.
Voilà comment il a été arraché à sa famille tout comme vingt mille autres Công Binh, comme on les appelait au Viêt Nam, pour travailler dans les usines de guerre en échange d’un solde dérisoire. Crâne rasé, tampon rouge sur la poitrine, matricule (ZTM 342 pour Thiêu Vân Mûu), ces ouvriers forçats ont été réquisitionnés par un service administratif du ministère du Travail – la MOI (Main d’œuvre indigène, nord-africaine et coloniale) – chargé de planifier la mobilisation industrielle en cas de guerre(2). Dès le milieu des années 1930, la MOI programme la constitution de compagnies de travailleurs destinés à remplacer les ouvriers mobilisés. Dispositif précisé par la loi du 11 juillet 1938 sur « l’organisation générale de la nation pour le temps de guerre ».
C’est ainsi que Thiêu Vân Mûu intègre la 47e compagnie de TI (travailleurs
immigrés) de la MOI : « Nous avons voyagé en bateau pendant vingt-neuf jours et nous sommes arrivés à Marseille. Ensuite, nos sommes allés à Sorgues. La France a perdu la guerre et, à ce moment-là, on a coupé du bois, travaillé dans l’usine de textiles… » (3). La débâcle française de mai-juin 1940 face à l’Allemagne désorganise la MOI et la 47e compagnie commence une longue itinérance. Elle conduit Thiêu Vân Mûu en Isère, dans la Drôme, dans la Loire, en Ardèche dans des cantonnements où les conditions de vie se durcissent, où ravitaillement et habits sont volés :
« Nous étions opprimés et brutalisés par les commandants et leurs adjoints ». Le 12 mars 1943, le jeune homme rejoint sa compagnie d’origine, à Villeurbanne, dans le cantonnement de la rue de la Poudrette, où il retrouve ses anciens camarades, employés par l’usine textile Tase.
Le bâtiment, en forme de L, était situé à l’angle des rues de la Poudrette et Alfred-de-Musset, à la lisière de Vaulx-en-Velin : « On était vingt ou trente personnes. On avait des lits à étages, en bois. ». Depuis 1950, le cantonnement n’existe plus, il a laissé place à de petites maisons mitoyennes. Le 11 octobre, une plaque viendra rappeler son histoire et celle de ces immigrés de force.

Une journée découverte avec le collectif « Année France-Viêt Nam » Dans le cadre de l’année du Viêt Nam en France, le collectif donne plusieurs rendez-vous le 11 octobre autour de l’immigration vietnamienne en France au cours du XXe siècle. Au Rize tout d’abord, avec une table ronde sur le sujet à 14 h 30 où seront évoqués les différents mouvements migratoires et donc le recours par la métropole à des contingents de militaires et de travailleurs pour soutenir l’effort de guerre. À la MJC ensuite où sera projeté à 19 heures un film de Lam Lê : Công Binh, la longue nuit indochinoise. Les expositions photographiques de Claude Chabord et de Nguyen Du seront présentées au Rize pour le premier et à la MJC pour le second. Et pour les amateurs de spécialités culinaires, à déguster sur place ou à emporter, rendez-vous à partir de midi au Rize et de 18 heures à la MJC.

Plus d'infos sur lerize.villeurbanne.fr et www.travailleurs-indochinois.org

 

(1) Un enfant loin de son pays, Thiêu Vân Mûu, publié en 2003 à compte d’auteur.
(2) De l’isolement à l’oubli, le cantonnement des travailleurs allogènes, rapport de recherche dirigé par François Duchêne en 2008, Laboratoire Rives – UMR CNRS-ENTPE 5 600
(3) Entretien de Thiêu Vân Mûu, recueilli par le Rize en 2014.

 

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