témoignage de louis croppi l’un des derniers survivants de la Rafle du 1er mars 1943

Le 03/12/14

Le 1er mars 1943, trois-cents personnes, très jeunes le plus souvent, sont arrêtées et rassemblées par les troupes allemandes au café Jacob, 1 place Grandclément. Centre-quatre-vingt seront emmenées vers le camp de Compiègne, puis, comme ce fut le cas de Louis Croppi, alors âgé de 17 ans, vers les camps de Mauthausen et de Dachau. Soixante-trois d’entre eux seulement en reviendront et quinze ne survivront pas à leur retour. A 85 ans, Louis Croppi se souvient de chaque moment de ses « deux ans et deux mois » de captivité. Témoignage.

Louis Croppi

> Ecouter le témoignage  

1 - La rafle du 1er mars 1943 et le camp de Compiègne

 

2 - Le camp de Mauthausen

 

3 - Le camp de Dachau

 

4 - Le retour à Villeurbanne

 

> Quelques extraits en version texte

1er mars 1943
« Le jour de la Rafle, j'allais prendre mon tramway pour aller travailler, j'étais apprenti plombier à Lyon. C'était le matin, autour de 6h30. J'ai vu les troupes allemandes arriver. J'aurais pu m'enfuir mais je ne me suis pas méfié du tout. Par deux ou trois, ils ont barré toutes les rues. Je n'avais pas encore peur parce que je n'avais rien à me reprocher... Ils nous ont rassemblés sur la place et on a attendu. Des soldats amenaient des hommes raflés plus bas, pris dans leurs maisons, dans la rue. Petit à petit, ils nous ont regroupé à l'angle de la place Grandclément et de la rue Honoré-de-Balzac, là où se trouvait le café Jacob. Ils nous ont interrogés, pris nos papiers d'identité. Mon père, Italien, avait demandé la nationalité française pour moi. Si je n’avais pas eu cette carte d’identité française, je n’aurais probablement pas été raflé. Encore de la malchance.
Vers 20 heures, ils nous ont emmené à la gare où nous avons attendu longuement, puis on nous a entassés dans des wagons à bestiaux. Là, j'ai entendu : "Monsieur Croppi, Monsieur Croppi" et j’ai répondu : "Oui, je suis ici". Et quelqu'un m'a passé une valise qu’avaient préparée mes parents. Des voisins m'avaient vu parmi les raflés. Ils ont compris que ça allait mal, alors ils ont fait une valise avec une couverture et un petit peu à manger. »
Vers 23 heures, le train s’ébranle. Louis Croppi et ses deux amis villeurbannais, Georges Blanc et Georges Saltopoulos, ne connaissent toujours pas leur destination. Ils arriveront  à Compiègne le lendemain, camp de transit dans lequel ils passeront un mois et demi. Avant de repartir à nouveau.

Camp de Mauthausen
A la gare de Mauthausen, nous avons été accueillis par des SS. En rang par cinq, les uns derrière les autres, nous avons marché, marché. Arrivés dans la nature, on se disait qu'il y avait peut-être des usines, on pensait toujours au STO(1). Puis on a aperçu une forteresse avec des murs très hauts, des miradors et des sentinelles armées de mitrailleuses.
Les portes immenses se sont ouvertes et nous sommes entrés dans le camp. Alors là, évidemment, on a commencé à avoir peur, à se demander ce qui allait se passer. Conduits dans la salle de douches, on nous a fait enlever tous nos vêtements civils. A la sortie, ils nous ont donné la tenue de bagnard : des caleçons et des chemises rayés.
Puis nous avons été dirigés vers un bloc. Nous étions environ 500. La première nuit, nous avons dormi poitrine contre poitrine, l’atmosphère était irrespirable, mais nous ne pouvions pas ouvrir les fenêtres, parce qu'elles donnaient sur les miradors et ils avaient l'ordre de nous tirer dessus. Trois personnes sont mortes d'étouffement, trois autres tuées à coups de souliers ferrés par le chef de camp. La première nuit, on a eu six morts. On a tout de suite compris ce qu'était le régime des camps.
A partir de là, tous les jours, il y avait un contrôle. On nous faisait mettre en rang et nous devions donner notre numéro de matricule en allemand. Moi, j'avais le matricule 26744. Si on ne le connaissait pas, on recevait des coups. »

Six mois et demi plus tard, Louis Croppi est déporté à Dachau. Il fait la connaissance d’Edmond Michelet, l’un des dirigeants du mouvement Combat, grâce à qui il intègre un Kommando où il travaille pour les avions Messerschmitt. 

« Ce n'était pas pénible, on était à l’abri et on avait un casse croûte supplémentaire, c'est ce qui m'a permis de survivre. Il fallait couper les fils électriques, les sertir au bout et les serrer sur des fiches. Un civil allemand venu de l'extérieur contrôlait si le travail était bien fait. Un jour ça ne s'est pas allumé. Le civil a dit que c'était du sabotage et a appelé les gardes SS. Ils ont pendu le gars. Ils nous faisaient passer devant, si on ne regardait pas on recevait des coups. Sur le pendu, c'était écrit "sabotage".
Et puis un jour, malheureusement, à cause des bombardements, ils ont supprimé ce travail à l'intérieur, ils nous ont mis dans un Kommando situé dans un petit village à 30 ou 40 kilomètres où il y avait une grande usine de métallurgie. Donc plus pénible car on était debout, il fallait limer, percer.
J'étais tellement faible que j'ai attrapé le typhus. Transporté à l’infirmerie, je suis tombé dans le coma et quand je me suis réveillé, j'ai regardé à droite à gauche et j'ai vu qu'il y avait des morts. J'étais tellement malade que je ne mangeais pas et puis, quand j'ai commencé à manger je vomissais. Des résistants ont réussi à obtenir des STO français du pain blanc avec du vrai fromage ou de la confiture. Eux mourraient de faim aussi, mais ils avaient le courage de garder ce pain blanc. S'ils avaient été attrapés avec, ils auraient été fusillés. Grâce à eux j'ai pu manger du pain blanc, du fromage, de la confiture, un peu de saucisson, ça m'a retapé. »

 

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Vos réactions

  1. Richard Philippe Dit :

    Envoyé le : 18/04/2015 à 19:15

    Bien sur que si il y a une plaque! ! A présent c'est un credit agricole

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  2. Sylvain Dit :

    Envoyé le : 04/03/2015 à 19:40

    J'ai 36 ans, ce témoignage est très émouvant, moi qui n'ai jamais vraiment réussi à en parler avec mon grand père qui a été fait prisonnier alors qu'il combattait au front, et qui a survécu à l'horreur des camps. Reposez en paix M. Croppi !

    4011
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  3. Masson Agnès Dit :

    Envoyé le : 11/08/2013 à 20:32

    Belle interview!! Le café Jacob n'existe plus aujourd'hui??? Je l'ai cherché sans le trouver, c'est dommage qu'il n'y ait pas une plaque pour en signaler l'emplacement (ou alors, il y en a une que je n'ai pas vue, et dans ce cas je vous présente mes excuses!!!)

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