LIBERATION DE VILLEURBANNE
> TEMOIGNAGE DE
LUCIENNE FERNANDEZ

A 90 ans, Lucienne Fernandez a la mémoire vive et le sens du détail. Arrivée à l'âge de 13 ans à Villeurbanne, elle n'a rien oublié de la Libération, de la rafle du 1er mars 1943 et des difficultés de ravitaillement de ces années de guerre. Elle témoignage. 
Liberation de Villeurbanne en 1943

"Pendant les longues journées qui ont précédé la Libération de Villeurbanne, il y a un jour où j'ai eu la peur de ma vie, je n'oublierai jamais. J'avais 25 ans. Il faisait très chaud en cette fin d'août 44, j'étais partie au marché de Grandclément pour chercher des fruits, il arrivait qu'on en trouve un peu, je rentrais chez moi, rue Pierre-Cacard, quand j'ai commencé à entendre Lucienne fernandez témoignage sur la libération de Villeurbannedes coups de feu. Je savais que la Libération approchait, que les Allemands étaient sur le point d'être vaincus. Je me suis cachée dans un jardin et puis il a bien fallu en sortir. J'étais avec une jeune femme que j'avais rencontrée et on a fait le trajet ensemble. Arrivées rue du 4-Août, on a croisé un jeune soldat Allemand, armé bien sûr, j'étais sûre qu'il allait tirer, il nous a regardées, est passé derrière nous et a continué son chemin. Je suis rentrée en tremblant de tout mon corps ! Les Résistants dressaient des barricades et les combats ont duré plusieurs jours entre les FFI et les Allemands. Les ponts de Lyon sautaient, on ne sortait plus de chez nous. Le 2 septembre c'était fini. La ville était libre. On a ressenti un immense soulagement et avec ma belle-sœur, nous sommes même allées route de Chassieu pour voir les Américains qui y étaient installés. Il y a eu les jours d'après des choses horribles, les femmes tondues qu'on trimballait dans les rues de la ville, beaucoup de règlements de compte, je me souviens d'un couple de “collabos” fusillé pas loin de chez nous… Parmi mes souvenirs les plus marquants de cette époque, il y a la rafle du 1er mars 1943. Ce matin là j'étais sortie à 6 h 30 pour aller travailler dans la fabrique de maroquinerie lyonnaise où j'étais employée. Arrivée place Grandclément, tout le quartier était bouclé, on m'a dit de rentrer chez moi. Je suis restée enfermée toute la journée et, l'après-midi, des Français en civil, sont passés dans l'immeuble pour chercher les hommes, j'ai eu la chance d'être une fille ce jour-là… Et mon futur mari heureusement habitait de l'autre côté. On avait des amis dont le fils a été déporté, il est revenu mais est resté prostré pendant des mois. Peu de temps après je me suis fiancée, pour notre repas de fête nous avions eu droit à des rutabagas ! "


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