Les tramways arrivent en ville

Le 23/10/17

120 ans avant l'inauguration du T1, Villeurbanne connut un premier réseau de tramways, au succès immédiat.

Tramways à Villeurbanne - Viva Magazine

À pied. Voilà comment, au milieu du 19e siècle, à l’ère du chemin de fer et des bateaux à vapeur, les Villeurbannais d’hier se rendaient à Lyon. Le trajet se faisait en une à deux heures de marche, ou nettement moins en empruntant l’une des voitures à chevaux - un "omnibus" -, qui partaient plusieurs fois par jour de la place des Maisons-Neuves, des Charpennes ou de la place Grandclément. Quand notre cité n’était encore qu’un gros bourg, les habitants s’en accommodaient tant bien que mal.

Mais lorsque l’industrialisation sema les usines sur tout son territoire, et que Villeurbanne se mua en une véritable ville, il en alla autrement. Chaque matin, des flots d’ouvriers lyonnais gagnaient les usines villeurbannaises, tandis qu’en sens inverse, les gens modestes ayant élu domicile chez nous pour fuir les loyers lyonnais trop élevés, arpentaient les routes pour rejoindre leur travail dans la Presqu'Île ou à La Guillotière. La modernisation des transports s’imposait, d’autant plus que les progrès techniques le permettaient.

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Le projet d’un réseau de tramways dans la région lyonnaise remonte à 1856. Il ne s’agissait alors que d’omnibus roulant sur des voies ferrées et tirés par des chevaux ; mais faute d’investissements suffisants, ce premier réseau fut à peine ébauché. Les Villeurbannais rongèrent leur frein. Un nouveau démarrage intervint en décembre 1875, lorsque le préfet du Rhône annonça au maire de Villeurbanne l’imminence de la création de plusieurs lignes dans l’agglomération. La municipalité exulta : elle attira « l’attention de l’administration sur l’urgence qu’il y aurait à commencer tout de suite par les lignes de Lyon à Villeurbanne, en raison de leur facilité d’exécution, leurs parcours se faisant dans une plaine », et surtout à cause de l’importance des populations concernées. Hélas rien ne vint. Aussi, dès août 1876, les Villeurbannais commencèrent à se plaindre et à pétitionner pour accélérer le début des travaux. Une impulsion décisive fut donnée trois ans plus tard, en 1879, lors de la fondation de la compagnie des Omnibus et Tramways de Lyon (OTL), l’ancêtre des TCL actuels. Disposant d’un capital de 4 millions de francs et de solides appuis politiques, la jeune compagnie vit d’emblée les choses en grand : un réseau d’une quinzaine de lignes, desservant Lyon et toute sa banlieue. La première sortit de terre dès 1880, entre Bellecour et Ecully. Sa jumelle villeurbannaise la suivit dans la foulée, en 1881. Elle relia les Cordeliers à la place de la mairie, l’actuelle place Grandclément, en passant par le cours Lafayette et le cours Tolstoï. Ce doyen des trams villeurbannais portait un numéro : le 3. Il est l’ancêtre direct de la ligne C3, son nom n’ayant jamais changé en 136 ans ! Idem pour le 11. Figurant dès 1879 sur les plans des OTL, cette deuxième ligne se fit longtemps désirer, et provoqua une pluie de pétitions et de délibérations du conseil municipal : en 1884, en 1886, en 1887 et ainsi de suite, jusqu’à ce que les travaux interviennent enfin, en 1890. La "11" déroula alors ses voies de Bellecour au Bon Coin (rue Léon-Blum), en passant par le cours Gambetta, l’avenue Félix-Faure et la rue Jean-Jaurès.

 

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Les Villeurbannais furent-ils satisfaits ? Pas encore. Si le quartier Grandclément était désormais bien desservi, Cusset et surtout les Charpennes, densément peuplés, attendaient désespérément leur tour. Pourtant, dès 1883 les OTL avaient proposé de prolonger jusqu’aux Charpennes leur ligne 7, reliant la gare de Perrache à celle des Brotteaux, projetant même la construction d’un embranchement en vue d’une future ligne 27 allant jusqu’à Croix-Luizet, puis à Vaulx-en-Velin. On prévoyait déjà qu’un tram partirait toutes les 15 minutes, et que les voyageurs de 2e classe paieraient 5 centimes de plus pour rallier Villeurbanne. Mais il fallut attendre plus de 15 ans pour que le projet se concrétise. La faute aux voies du chemin de fer Lyon-Genève, dont la compagnie PLM refusait le franchissement. En mars 1899, les rails étaient posés sur tout le cours Émile-Zola, jusqu’aux abords de l’église de Cusset, mais aucun tram ne pouvait rouler dessus ! Ce n’est que le 11 novembre 1899 que la ligne parvint enfin à son terminus. Il était temps. Sitôt inaugurés, ces premiers trams furent pris d’assaut par les Villeurbannais. Avec 93 et 58 voyages par jour, les lignes 3 et 11 véhiculaient, dans leurs voitures à 35 places chacune, plus de 220 000 personnes par mois en 1899 ! Restait à obtenir des OTL des voitures plus confortables et moins surchargées, des départs plus fréquents, des prix moins élevés, la gratuité pour certains passagers, des trams spéciaux lors des grandes manifestations sportives ou festives, des dessertes en soirée… Des souhaits très actuels, en somme.


Sources : Le Rize, 1 D 266 à 271, 2 0 3 et 4. Archives du Rhône, 104 W 521/4, 525, 531, 534, 922.
A lire : J. Perrenon, R. Clavaud et R. Chappelet, Lyon en tram au temps de l'OTL (1880-1958), éditions du Cabri, 2014.
NB : Les textes entre guillemets sont fidèles aux documents d'origine.
                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                

Repères

1832 : construction du premier tramway au monde, à New-York
1853 : première ligne de tramway à Paris
1878-1888 : Jean-Marie Dedieu, maire de Villeurbanne
1886 : Avec 14 715 habitants, Villeurbanne devient la 2e ville du département du Rhône
1892-1903 : Frédéric Faÿs, maire de Villeurbanne
1900 : inauguration de la première ligne du métro parisien
1948-1955 : remplacement des trams villeurbannais par des cars
1978 : inauguration de la ligne A du métro lyonnais
2001 : inauguration de la ligne T1 du tramway
2009 : inauguration de la ligne T4


Des trams aux allures Belle Époque

Les premiers trams villeurbannais se composaient généralement d'une à deux voitures, et étaient d'abord tirés par des chevaux, lesquels regagnaient leur écurie de l'actuel boulevard de Stalingrad chaque soir.
La ligne 11 mobilisant à elle seule 60 chevaux, les transports en commun de notre ville avaient donc un aspect champêtre, d'autant plus que leurs terminus se situaient aux portes de la campagne. Puis, en 1898-1899, les chevaux furent remplacés par l'électricité. Les trams arborèrent alors une allure Belle Époque, avec leurs voitures rouges équipées de plateformes à l'avant  et à l'arrière, encadrant un habitacle central tantôt vitré, tantôt ouvert, et coiffées de la longue perche allant puiser l'énergie
dans les câbles aériens. Les cartes postales représentent volontiers ces trams des années 1900, attendant leurs voyageurs aux terminus de Cusset ou de la place Grandclément.

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