Témoignage
> isabelle Sadoyan : "on pratiquait la critique permanente"
Isabelle Sadoyan, comédienne, octogénaire, joue au TNP aujourd’hui… et jouait déjà, du temps du Théâtre de la cité, fondé en 1957 par Roger Planchon et son équipe.

> Isabelle Sadoyan dans Les trois mousquetaires mis en scène par Roger Planchon en 1968 (copyright René Basset)
Avec son franc-parler et sa malice, elle nous livre ses quelques pensées personnelles : « Populaire ? Bien sûr qu’on l’était : mais si le théâtre est bon, il est forcément populaire ! ». « Dans les années soixante, à deux ou trois comédiens, on allait dans les usines, les collèges, les écoles et
même, une fois, dans un hôpital, pour annoncer les spectacles de la saison à venir. Mais ce qui était intéressant, c’est qu’on y retournait après, une fois la saison terminée. Et, parfois, on avait des commentaires "salés" sur telle ou telle pièce qui n’avait pas plu ! », raconte Isabelle Sadoyan. Et d’ajouter : « En ce sens, on faisait donc partie d’un théâtre populaire, mais sans avoir la conscience ou le souci de l’être. Le mot populaire est dévoyé aujourd’hui car le commerce s’en est emparé pour vendre en masse. La question que je me pose c’est : est-ce que l’écriture est populaire ? Est-ce que les échanges et la conversation sont populaires ? À vrai dire, je crois que le foot est populaire, mais que le théâtre ne l’est plus vraiment ! C’est vraiment dommage car l’art apporte tant de choses dans une vie ! ».
En jouant dans la pièce Ruy Blas, spectacle d’ouverture de la saison 2011-2012, Isabelle Sadoyan est comme un trait d’union entre le théâtre d’hier, où elle était costumière puis comédienne, et le théâtre d’aujourd’hui. « Cette rénovation du TNP est spectaculaire ! C’est désormais un outil de travail extraordinaire. La seule chose à faire maintenant… c’est de travailler. Si le théâtre est bon, il sera populaire. Molière est un auteur populaire parce que son travail a tenu, parce qu’il s’est intéressé aux gens. À ce jour, et dans les années à venir, le théâtre n’a à se soucier que de la qualité de ce qu’il présente au public. C’est l’un des rares lieux de libre expression. Il faut en savourer la chance extraordinaire ».
Isabelle Sadoyan a gardé malice et fraîcheur. Résolument pas "blasée". Ni de la vie, ni du théâtre, la grande affaire de sa vie. Enfant, elle a aimé les histoires et les contes improvisés racontés par sa famille arménienne. Jeune femme, elle a aimé le bouillon d’idées et d’émotions du théâtre et la franchise d’un travail permanent qui supportait la critique spontanée, à chaque instant.
Il y a près d’un an, Christian Schiaretti, directeur du TNP et metteur en scène, lui a demandé d’être la présidente de la Maison des comédiens qui rassemble une trentaine de comédiens. « Dans ce rôle, je vais essayer de recréer cette confiance du théâtre d’hier, où nous pouvions nous dire les choses pour le simple besoin de progresser et d’avancer ! Cela va se passer dans les murs du TNP. C’est merveilleux ça, comme lien entre hier et aujourd’hui ! ».



