C’était l’été 42

 

« Nuit et brouillard » de Jean Ferrat, né Jean Tenenbaum (qui nous a quitté le 13 mars de cette année après avoir porté dans sa parole poétique et chanté les voix du peuple) nous dit pour toujours l’indicible système qui emmena à la mort « dans ces wagons plombés, Jean-Pierre, Natacha ou Samuel, ils étaient vingt et cent, ils étaient des milliers ». Ils étaient des millions.
 Il aura fallu attendre que l’Assemblée nationale légifère le 10 juillet 2000 pour que le 16 juillet 2001 –jour de la Rafle du Vel d’hiv (1942) au cours de laquelle 13 152 personnes d’origine juive dont 4 115 enfants furent arrêtées et déportées – devienne la première Journée commémorative des victimes des crimes racistes et antisémites de l’Etat français et d’hommage aux Justes de France. Face à l’assassinat organisé par la France de Vichy et les nazis, ceux qui sauvèrent, recueillirent, s’engagèrent, dans la discrétion et l’amour des autres. Dans cet hommage et cette reconnaissance, Villeurbanne s’inscrit pour la dixième fois. La salle du Conseil municipal, à cette date, le matin, et dans l’espace d’une heure, ramène à nous non pas d’une manière formelle, habituelle, mais en portant la violence retenue ou la paix espérée dans les musiques et dans les mots, des pans entiers de cette époque qui inventa l’irréparable.
 Les initiatives conduites dans ce sens par les élus, par les associations, par les conseils de quartier et les lieux citoyens, par le personnel éducatif, sont diverses et nombreuses. Durant l’année scolaire qui s’écoule, l’Association des Amis pour la Fondation de la Mémoire et de la Déportation et l’Association Nationale des Anciens Combattants Résistants furent en lien avec tous et créèrent un vrai dialogue avec la jeunesse de notre ville à travers expositions, rencontres, voyages dans les camps, impliquant grands et petits à mettre tout son désir de savoir pour ne pas oublier et transmettre à son tour. Ce furent des moments inoubliables insérés dans un programme éthique de haute tenue qui deviendra film bientôt. Cette chronique nous permet de remercier ceux et celles qui s’y attelèrent avec conviction militante.
 Dans ce cadre, Stéphane Hessel a répondu à leur invitation – son livre « Danse avec le siècle » est particulièrement recommandé. Corédacteur de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (1948), ambassadeur de France, résistant-déporté, il nous gratifia d’un moment exceptionnel, où chaque mot dit avait le poids de la vie. Retenons « Il faut des ponts et non des murs. Pas de scission mais de la reliance ».       

Marc Ambrogelly
Groupe des élus communistes et républicains