Souvenirs d'une jeune fille en mission au Tonkin

En 1958, j'avais vingt-deux ans et comme beaucoup d'étudiants je cherchais un travail qui m'aide à payer mes études». Anne-Marie Roussel, 74 ans aujourd'hui, accepte alors de travailler pour un bureau dépendant du ministère de la Reconstruction d'alors.

Souvenirs du Tonkin à Villeurbanne

Sa mission : enquêter à domicile, dans le quartier du Tonkin, en vue du relogement d'habitants qui allaient être expropriés, leurs appartements démolis pour laisser place à de nouvelles constructions. «C'était la misère. Les gens travaillaient mais ils étaient pauvres, c'étaient souvent des ouvriers italiens ou espagnols. Les conditions de vie étaient déplorables et la jeune fille que j'étais a été choquée plus d'une fois. J'en voulais même à mes parents qui vivaient dans une grande maison à Pont-de- Chéruy !» En quelques mois, Anne-Marie réalise près de 150 enquêtes ayant pour but d'informer les autorités sur la surface, le nombre de personnes hébergées, le nombre de pièces, etc. «Très souvent, la promiscuité régnait, l'habitation se limitait à une pièce et une alcôve où vivaient dix personnes, jusqu'à trois générations réunies. Il y avait un évier pour se laver, pas de salle d'eau et un chauffage plus que sommaire, mais les gens étaient inquiets de ce qui allait leur arriver, ils avaient peur de devoir aller s'installer très loin…Je n'ai jamais su ce qu'ils étaient devenus.»

Aujourd'hui, lorsqu'elle passe au Tonkin, l'ancienne enquêtrice a du mal à reconnaître le quartier. «Avant il y avait beaucoup de petites usines, d'ateliers, le marché aux puces se tenait place Commandant-Rivière et, bien sûr, il n'y avait pas les équipements actuels, comme la clinique». De cette expérience, Anne-Marie a tiré une leçon : «J'ai toujours apprécié d'avoir un toit, du chauffage et de l'espace…»
 

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