Graf, au pied des murs
Solal et Emmanuel ou plutôt Osru et Violon. Deux jeunes Villeurbannais, graffeurs associés, font des murs urbains leur terrain de jeux et d'expérimentation.

C'est très physique le graf, faut pas croire, les gestes sont une espèce de chorégraphie !
Les deux font la paire. Solal Immediato alias Osru. Emmanuel Robert alias Violon. Comme un rêve de gamin, le premier se verrait bien confier la métamorphose d'une façade d'immeuble – 12 étages pas moins –, le deuxième un château d'eau. Un peu mégalo sur les bords, ils le reconnaissent volontiers. En attendant ce fait d'armes, le duo donne des couleurs à la grisaille de murs sans histoire. 70 % au rouleau contre 30 à la bombe, outil indispensable mais qui pollue et coûte cher… Ils se disent graffeurs, fresquistes, peintres, à la croisée de plusieurs chemins, refusant en tout cas de s'enfermer dans des stéréotypes. "On n'est pas dans le graf pur et dur, on essaie de faire des trucs rigolos, le plus noir qui nous corresponde c'est l'univers de Tim Burton et on a même eu notre période rose…" Dans leur atelier des Terreaux, un peu bas de plafond pour le mètre 86 d'Osru, ils discutent beaucoup, préparent leurs maquettes, stockent leurs bombes, leurs peintures, tout leur bazar. Et fourmillent d'idées et d'envies qui souvent se rejoignent. "On s'est rencontrés il y a dix ans au mur d'expression libre de Dazibao. On s'est vite bien entendus, en tant qu'être humains et en tant qu'artistes, ce qui est pas mal".
A 28 ans, bientôt 29, les deux garçons habitent tous les deux le quartier des Gratte-ciel et Villeurbanne affiche deux de leurs réalisations : une dans la parcelle de jardins familiaux rue de la Filature, l'autre sur un mur de la rue de la Soie. Huit mètres de haut, soixante mètres de long et dix jours de travail non-stop l'été dernier, "à l'ombre seulement jusqu'à midi 10". "C'est très physique le graf, faut pas croire, les gestes sont une espèce de chorégraphie !"
Ces deux-là se complètent. Osru – l'anagramme d'ours parce que "ça lui convient" – aime peindre à grands traits et ne rechigne pas devant le gros œuvre. Violon passe du temps à fignoler les détails, spécialiste des portraits et des animaux. Ni l'un ni l'autre n'a fait d'études artistiques. Ils ont appris sur le tas, comme ça, avec un réel goût pour le dessin. D'ailleurs, Violon avoue une passion pour l'aquarelle et illustre un conte pour enfants qu'il a aussi écrit. En attendant de vivre de son art, il faut bien se nourrir. Osru va retrouver son métier de facteur dans les rues de Villeurbanne, délaissé un moment et Violon travaille dans une mutuelle. Il leur reste quand même du temps, les journées et les nuits sont longues, pour imaginer les immeubles, les murs et les intérieurs transformés à leur gré, avec toutes les nuances du bleu, du violet ou du vert. D'un commun accord, ils dessinent leur avenir en couleurs.
En pratique



