Cours Emile Zola, années 1946 … 1968
A l’heure où se projette le réaménagement du cours Emile-Zola, Christiane Buisson nous raconte un temps pas si lointain où il comptait deux voies seulement et où les bicyclettes y étaient plus nombreuses que les autos.

Christiane Buisson « Cours Emile-Zola, le trafic automobile était insignifiant »
« Le cours Emile-Zola comportait deux fois une voie de circulation, bien sûr, mais surtout les deux voies pour le tramway n° 7, Perrache /Cusset. La circulation se pratiquait entre trottoir et voie du tramway. Le cours Emile-Zola s’arrêtait à Cusset, au bas de la montée le long de l’église Saint-Julien de Cusset, construite dans les années 1968-1969.
Une immense butte de terre s’élevait, plutôt pointue, garnie d’arbres et de broussailles, un chemin y était tracé parce qu’emprunté par les écoliers allant pour les garçons au groupe scolaire Ernest-Renan, et les filles (dont je faisais partie) ainsi que ceux de la maternelle, rue Frédéric-Faÿs. En hiver, de folles glissades sur la neige préfiguraient nos sports d’hiver, quand il pleuvait, on s’embourbait en marchant sur cette glaise collante.
Je me souviens qu'au cours de conversations mes grands-parents et mes parents rouspétaient en se demandant : « Quand ce cours Emile-Zola sera-t-il aménagé ? ». La maison de mes grands-parents paternels était située à l’époque chemin des Combes, maison toujours debout au n° 402 du cours Emile-Zola. Le chemin des Combes n’était pas goudronné, la chaussée défoncée, des ornières ressemblant à de grands étangs, posant des problèmes lors de pluies abondantes.
Le « champ » de mon grand-père était de l’autre côté du chemin des Combes, à l’emplacement de la caserne des Pompiers de maintenant. Employé à la centrale hydro-électrique de Jonage, il complétait son modeste salaire en vendant des légumes qu’il cultivait à grand peine dans cette terre caillouteuse. Pour l’arrosage de ces cultures, mon grand-père traversait le chemin qui deviendra le cours Emile-Zola, où passent aujourd’hui des milliers d’automobiles par jour, avec sa brouette où il installait quatre arrosoirs qu’il remplissait à une pompe installée près de la maison. Comme partout à Villeurbanne l’eau provenait de la nappe phréatique, les habitants faisant installer des pompes en introduisant un tuyau dans le sol jusqu’à ce que l’eau surgisse. Il n’y avait pas de réseau d’eau sur cette portion de Villeurbanne qui était en devenir. Pas d’éclairage non plus, dès la nuit tombée…
La ligne de tramway n° 7 conduisait au centre ville, tracé ancestral du métro A ! Les dames allaient faire leurs courses au Grand Bazar, ou aux Halles des Cordeliers. Le trafic automobile sur Villeurbanne était insignifiant – à l’automne, avec mes petits cousins, nous allions ramasser les feuilles mortes des platanes sur le mail central du boulevard pour en faire des bouquets ! –, de Cusset à la place de la Bascule, on voyait surtout des bicyclettes,.
Devenu cours Vitton, la circulation automobile y était plus importante. Ou plutôt « redevenu cours Vitton », puisque ce n’est qu’en 1902 que cet axe Bascule /Cusset fut dénommé Emile-Zola, abandonnant son identité initiale : « cours Vitton prolongé ».
Dans les années 1950 de nouvelles constructions ont surgi sur des terrains libres, puis petit à petit on a démoli pour reconstruire plus grand, et plus haut :les usines Wyler (textiles), les moteurs Grandvuinet, Ballaz (cravates et bonneterie fantaisie), Bouillet-boureel (orfèvrerie de table), Guilhot (maroquinerie), Manufacture de Tresses et Tissus Bernheim. Entre 1963 et 1968, les immeubles ont poussé comme des champignons, modifiant le paysage et, depuis ces dernières années, une muraille continue d’immeubles borde le cours Emile-Zola.



