ARMAND ZIPFEL L'AVIATEUR

Il y a cent ans, Armand Zipfel volait au-dessus de Villeurbanne.
Il était un temps où des hommes étaient assez fous pour aller jusqu’au bout de leurs rêves. Et il y a cent ans, il fallait un grain de folie pour se lancer dans les airs à bord d’engins en contreplaqué et en toile. Armand Zipfel l’a fait. Au-dessus de Villeurbanne.

Il y a 100 ans, Armand Zipfel volait au dessus de Villeurbanne 
En 1908, sur le terrain militaire du Grand Camp, actuel campus de la Doua, Armand Zipfel essaie de faire décoller son aéroplane. Un appareil qu’il a construit dans ses Ateliers d’aviation du sud-est, route de Vaulx. Ce jeune homme de 25 ans n’en est pas à son premier essai. Il veut voler et, deux ans plus tôt, il avait déjà testé un planeur qu’il avait mis au point, sur les hauteurs d’Albigny-sur-Saône cette fois, sa commune de naissance.
A l’automne 1908, Armand Zipfel met toute l’ardeur de sa jeunesse dans la construction d’un aéroplane cette fois. A l’époque, point besoin d’être ingénieur. Fils de facteur d’orgue, il a appris à manier les cordes de piano, élément clé des avions d’alors, faits de bois et de toile. Le 14 septembre, l’appareil connaît son premier essai sous l’œil admiratif d’un journaliste du Salut Public : « De cet appareil se dégage, même pour les profanes, une impression de solidité, de légèreté, de stabilité et d’harmonie vraiment remarquable. Les longerons sont en bois de frêne et les courbes en bois de hêtre. Les plans sont recouverts avec du tissu de dirigeable, tissu imperméable excessivement résistant. Les montants sont maintenus rigides par des cordes de piano. Le moteur est de 50 CV. Il actionnera une hélice de 2,10 mètres de diamètre. Le poids total de l’appareil y compris l’aviateur est de 470 à 500 kg ».

Une pétarade formidable

C’est dans une « pétarade formidable » que l’avion démarre avec à son bord le jeune homme impatient de partir. Quelques journalistes, photographes et aviateurs sont là, le regard suspendu aux évolutions de l’appareil qui file à 50 km/ heure. « A cinq ou six reprises, il quitte le sol, mais la vitesse n’est pas assez grande », rapporte le Salut Public. Après quelques bonds supplémentaires et un moteur défaillant, l’avion rentre à l’atelier.
Deux mois plus tard, le 19 novembre, l’appareil d’Armand Zipfel quitte son hangar de la rue de Bruxelles pour le grand jour. Deux cents personnes se pressent pour assister au premier vol mais le moteur ne donne toujours pas suffisamment. L’aéroplane s’élève sur une longueur de 100 mètres mais pique du nez. Après un léger incident, l’appareil rentre au hangar pour une deuxième sortie, le 24 novembre, puis une troisième, deux jours après. Là, l’aéroplane s’élève à plus de douze mètres et parcourt près de 400 mètres. Avant de finir à nouveau sur la butte. « Les appareils de l’époque ne tournaient pas, rappelle Paul Mathevet, de l’association des Vieilles Tiges(1). Aussi, ils filaient toujours tout droit jusqu’à se planter sur une butte. » Le vol a duré 20 secondes mais a fait d’Armand Zipfel le premier à réussir le premier vol humain en région lyonnaise. Il est aussi le sixième pilote à avoir volé en France après Ferber, Farman, les frères Voisin et Delagrange. Tout au long de l’année 1909, le jeune aviateur a multiplié les démonstrations à l’étranger et réalise le premier vol de l’histoire au Portugal. « A l’époque, l’aviation était vue comme un sport, pas comme un moyen de transport », rappelle Paul Mathevet.
Pourtant Armand Zipfel ne sera jamais breveté pilote. Il deviendra gérant d’immeuble à Lyon dans les années 30 et mourra tristement dans l’indigence en février 1954, dans la maison de retraite départementale d’Albigny-sur-Saône.

(1) Armand Zipfel était l’un des membres pionniers des Vieilles Tiges, association créée en 1920 pour venir en aide aux aviateurs démobilisés après-guerre.
Source : « Le premier vol de l’appareil Zipfel, Paul Mathevet, Arsa/Les Vieilles Tiges, mars 2008 »

>> Une plaque commémorative à la Doua

Depuis le 9 décembre 2008, une plaque commémorative célèbre la mémoire d’Armand Zipfel. La plaque a été apposée par la Ville, à la demande de la Slhada (Société lyonnaise d’histoire de l’aviation et documentation aéronautique), sur le mur du bâtiment Berthollet de l’Insa, là où l’aviateur a réussi son exploit cent ans plus tôt,
Les élèves de l’association Ins’Aéro préparent un hommage à l’aviateur en construisant une maquette de l’appareil Zipfel à l’échelle ½.


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